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Semaine Écritures du temps et de l'interaction

SEMAINE ÉCRITURES DU TEMPS ET DE L'INTERACTION

<< Colloque international Écritures du temps et de l'interaction

Deuxième journée

Matin

9h30-10h15 Paradigmes d'interactivité musicale à l'Ircam

Nous présenterons un survol des divers paradigmes d'interactivité qui ont été développés à l'Ircam pour contrôler ou générer des processus électroniques lors de l'interprétation de la musique.

Dans la première partie de la présentation, nous discuterons des diverses motivations qui ont logiquement conduit aux développements des technologies temps réel pour analyser, transformer et synthétiser des sons d'une part, et pour synchroniser la partition et l'interprétation d'autre part. Ces concepts seront illustrés à travers une composition qui illustre cette problématique : Anthèmes 2 de Pierre Boulez.

Dans la seconde partie, nous présenterons des travaux récents sur le contrôle gestuel de la musique. Les gestes et les mouvements sont généralement modélisés comme des processus temporels continus, ce qui crée des paradigmes d'interactivité spécifiques. En particulier, nous expliquerons nos développements concernant un "suivi de geste", correspondant à une extension du suivi de partition. Plusieurs exemples en musique et en danse seront présentés.

10h15-11h Le Temps lisse

La musique occidentale a su développer des modes de représentations temporelles extrêmement variés, des neumes grégoriens, en passant par les notations amesurées, proportionnelles et jusqu'aux constructions les plus complexes de la musique récente. La raison de cette diversité est qu'il existe plusieurs catégories de temps en musique. Pierre Boulez les avait fort bien définis dans son ouvrage Penser la musique aujourd'hui :
temps lisse, temps strié et temps pulsé.

Nos ordinateurs actuels n'ont aucune difficulté à gérer le striage du temps car ils fonctionnent à partir d'une horloge interne extrêmement fine. La complexité formelle d'un striage temporel (ce que j'appelle un hyper-striage) pourra fort bien être contrôlée, quand bien même nos seuils de perception seront dépassés depuis longtemps. Amené à un régime régulier et pas trop rapide, un striage devient une pulsation et ne posera pas plus de problèmes à une machine.

Cependant nous manquons totalement d'outils en ce qui concerne le lissage du temps. J'entends par là un temps qui ignore le comptage des horloges. En cela, nous agissons contre les machines qui ne peuvent pas, elles, se passer de ces horloges. Mais, nous le savons bien, il s'agit de simulations, comme pour le cinéma, dont le mouvement n'est qu'une succession d'images fixes. Appogiatures, petites notes, notations proportionnelles, points d'orgues n'ont pas encore droit de citer dans la représentation musicale à l'aide de la technologie. La machine nous montre en permanence ses horloges tandis qu'on voudrait les oublier pour faire de la musique. Il manque une grande couche d' "intelligence" pour parvenir à cela.

Un des principaux problèmes de cette absence d'outil de représentation vient du fait que le musicien qui produit le son "voit dans l'avenir" alors qu'un processeur sait surtout organiser le présent et parfois aussi regarder en arrière. Les structures temporelles lisses sont souvent organisées dans le cadre d'un processus prédictif : on conçoit une phrase dans laquelle l'organisation du parcours est conditionnée par l'évaluation temporelle de sa fin. Ce processus, très courant en musique, est tout à fait différent de celui qui est régi par des horloges. Lissage, courbures, gauchissement et prédictions me semblent être les grands domaines vers lesquels devraient se concentrer les travaux sur la représentation musicale dans la technologie.

Je montrerai plusieurs aspects de notations musicales, j'exposerai des problèmes simples pour le musicien et complexes pour la machine, et je tenterai de donner une vision prospective des outils dont j'aimerais pouvoir disposer afin que ma musique de synthèse paraisse aussi organique que ma musique orchestrale.

11h-11h30 Pause

11h30-12h15 Scénario de l'instant

Dans Seule avec loup, le déroulement interactif de l'action dans le temps en relation à des séquences chorégraphiques et musicales prend la structure d'un récit. Ce récit est double : à la fois comme constituant de l'œuvre et par son adresse à l'utilisateur (lecteur). Et il est paradoxal : donner plus de liberté au lecteur dans sa perception et en même temps prévoir ses comportements. Privilégier la liberté de mouvement et l'écoute du lecteur, c'est imaginer une saisie à l'instant dans différents espaces de représentation.

12h15-13h Le projet Meta-EyesWeb : une plate-forme pour le traitement haut-niveau et temps-réel d'environnements interactifs

Cet exposé présentera une introduction au projet Meta-EyesWeb développé par le laboratoire DISTInfoMus. Meta-EyesWeb peut être vu à la fois comme un projet de recherche et une plate-forme logicielle.

En tant que projet de recherche, il aborde les aspects conceptuels impliqués dans la gestion temps réel et de haut niveau de structures narratives interactives complexes, adaptatives, distribuées et non-linéaires. En tant que plate-forme logicielle, Meta-EyesWeb fournit à ses utilisateurs un outil auteur et un système temps réel pour le traitement de haut niveau d'environnements interactifs évolutifs et non-linéaires.

Cet exposé présentera la plate-forme Meta-EyesWeb, son architecture logicielle ainsi que les modèles de calcul choisis. Certains prototypes partiels sont actuellement disponibles et des démonstrations seront présentées. La plate-forme dans son ensemble est toujours en cours de développement.

Après-midi

14h30-15h15 Écrire en puissance

Notre vie est l'incessante actualisation d'une infinité de potentiels que nous réduisons derrière nous à l'épaisseur d'un fil. Celui du temps. Nous projetons le temps sous des formes multiples, bornées seulement par les limites de notre attention et de notre imagination, pourtant, de cet écheveau inextricable d'éventualités futures, nous ne filons qu'une seule ligne. Nous investissons le temps de façon linéaire.

Le présent est déséquilibre, tension vers l'avant et anticipation, hantise ou espérance... Il paraît dense quand il nous sollicite avec urgence, nous plonge dans l'immédiat et dans un battement court ; il semble dilaté quand sa courbure s'arrondit, purge les émotions et ouvre une latitude. La "qualité" appréciée d'une vie ne se mesure pas uniquement à la hauteur de ses pics, mais à la disposition de ses contrastes. La qualité de l'expérience en narration interactive repose sur les mêmes mécanismes.

Exposition, nœud, rebondissement, dénouement, apaisement, lyse dramatique… autant d'agencements particuliers du temps propres à la dramaturgie. Écrire le temps c'est repérer ces structures et les relations qu'elles entretiennent afin de leur donner une chance de s'actualiser lors de l'exécution de l'œuvre. C'est conjuguer les motifs de façon à produire la plus forte tension, les déséquilibres et les contrastes les plus vifs, dans le but de susciter la meilleure réponse émotionnelle chez l'"interprète", celui qui d'une part en "joue" la partition, et d'autre part en projette le sens. La difficulté de cette écriture est évidente, car le devenir du temps  est en puissance. Une clé pour y répondre réside dans les représentations que l'on peut se donner de l'œuvre avant que l'œuvre elle-même n'existe. Et sans jamais oublier qu'aboutir au linéaire n'interdit pas de commencer par le linéaire.

15h15-16h Trouver le temps

Le théâtre est par tradition un art de l'espace, de l'étendu. Il s'agit de prendre un objet temporel, le texte, et de l'étendre -on dit mettre en scène- dans l'espace. Notre façon de faire du théâtre va au rebours, se confronte à une toute autre expérience. Quelles sont les données de cette expérience ? D'un côté, un espace, une scénographie et un dispositif technologique et musical avec lequel les comédiens seront amenés à interagir, de l'autre une partition textuelle (les matériaux littéraires).

Par tâtonnements incessants, par improvisations successives, les comédiens, sous notre houlette, essayent des éléments de cette partition en jouant avec les contraintes scénographico-techniques ; ainsi des séquences de texte (donc du spectacle) s'écrivent (on l'aura compris : le texte n'est pas préalable à la représentation, il est produit par le travail du théâtre), des séquences dont la durée est la pierre de touche. Écrire un spectacle est donc une affaire de temps. Il s'agit juste de trouver le temps, c'est-à-dire de trouver le temps juste.

16h-16h45 Extension de l'imaginaire cinématographique

Le cinéma est un phénomène culturel dont l'histoire relève d'expériences technologiques, de nouvelles formes de relations des spectateurs au spectacle et de mécanismes de production, de distribution et de présentation qui le lie à un certain contexte économique, politique et idéologique. L'hégémonie des paradigmes du cinéma d'Hollywood se voit de plus en plus défiée par les potentialités radicalement nouvelles des technologies des médias numériques. Ces nouvelles modalités numériques de production et de présentation constituent des plateformes propices à la poursuite de l'évolution d'une tradition de cinéma indépendant, expérimental et étendu. Le domaine numérique se distingue surtout par son large spectre de modalités d'interactions. Les arts des médias contemporains formulent dans leur pratique actuelle de nombreuses procédures fondamentales de ce domaine émergent qu'est le cinéma numérique étendu.

Dans sa présentation, Jeffrey Shaw examine les développements artistiques des trente dernières années, du cinéma étendu à la réalité virtuelle, en les illustrant par des exemples de ses œuvres décrivant diverses conjonctions du réel et du virtuel, ainsi que la reformulation de la narration comme situation d'interaction émergente.

16h45-17h15 Pause

17h15-18h30 Débat

Mercredi 14 juin, 9h30-18h30 / Ircam, Centre Wallonie-Bruxelles

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